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UTILISATEURS DES MATÉRIELS

Le Révérend Habimana Elie, Ancien Coordonnateur National, RWANERELA+

(Réseau rwandais des chefs religieux qui vivent avec ou sont personnellement affectés par le VIH et le SIDA.)

En 2013, lorsqu’il était Coordonnateur National de RWANERERA+, le Révérend Habimana a organisé un atelier de formation basé sur les outils pédagogiques de la collection SE DÉVOUER AUX AUTRES.

Son compte-rendu sur cet atelier est très intéressant et c’est pourquoi nous l’avons inclus ci-dessous.

COMPTE-RENDU SUR L’ATELIER DE FORMATION
L’atelier de formation sur la collection SE DÉVOUER AUX AUTRES, s’est tenu du 16 au 17 août 2013, dans le secteur de Kigarama, district de Kicukiro, dans la chapelle de l’église Philadelphie.

Les organisateurs de l’atelier ont utilisé les manuels suivants de la collection SE DÉVOUER AUX AUTRES: 
Le numéro 3 – (en français) Il est temps de parler et
le numéro 10 – (en anglais) Parenting: A journey of love (disponible aussi en français : Être parent: un voyage d’amour)

Les principales activités ont été comme suit :

Premier jour
1. Règles et attentes
2. Quiz sur le VIH/SIDA
3. Jeu du point de vue
4. Se comprendre mutuellement
5. Réciprocité et communication

Deuxième jour
6. Parler de sexe avec nos enfants
7. Résister aux pressions
8. Techniques de facilitation
9. Démonstrations pratiques

DÉROULEMENT DES ACTIVITÉS

1. Règles et attentes
Lors de cette activité, les participants ont écrit sur trois grandes feuilles de papier qui étaient affichées et sur lesquelles figuraient les mots : Espoir, Crainte et Attentes. Sous le mot Espoir, ils ont écrit : le patrimoine, la force de travailler pour les familles, la paix et l’entente dans la famille, les enfants et l’unité. Sous le mot Crainte, ils ont écrit : SIDA, la mort, l’infidélité, le divorce, la violence, la pauvreté et la famine. Quant à leurs attentes, ils ont dit qu’ils aimeraient savoir comment maintenir la paix dans la famille, comment se soutenir mutuellement, parvenir à bien communiquer et comment promouvoir la coopération au sein du foyer.

2. Quiz sur le VIH/SIDA
Les réponses aux questions ont montré l’existence d’un grand besoin de formation sur le VIH/SIDA au sein de l’église. Trois personnes seulement ont répondu parfaitement aux questions ; les autres ne connaissaient qu’une seule voie de contamination, à savoir les relations sexuelles, et pensaient qu’une personne abstinente ne pouvait jamais attraper le VIH. Cette activité a été très bénéfique pour le groupe car non seulement les personnes étaient mal informées, mais leur manque d’informations était à l’origine de nombreuses actions de discrimination et stigmatisation à l’égard des personnes séropositives. Vumilia Esperance, elle-même séropositive, a témoigné de la discrimination et de la stigmatisation manifestées envers son enfant lui aussi séropositif. Quand un voisin chrétien a vu comment cet enfant avait grossi, il lui a dit que les médicaments antirétroviraux (ARV) l’avaient fait enfler.

3. Le jeu du point de vue
Après avoir présenté ce jeu et procédé aux questions, le pasteur Uwimana Clémentine a dit : « Même si c’est un jeu, ça m’ouvre les yeux parce que je ne pensais pas à tous les aspects, surtout lorsque je faisais une remarque à quelqu’un,  après quoi je me rendais compte que souvent j’avais tort. » Les autres participants ont dit qu’il est bon de faire une analyse profonde avant de prendre n’importe quelle décision.

4. Se comprendre mutuellement
Pour cette activité, les participants étaient répartis en deux groupes selon le sexe et ont répondu à la question : « Que voulez-vous que les autres sachent sur vous ? ». Les hommes ont exprimé des souhaits comme : Que les femmes sachent que nous aimons le respect, la propreté, nous entraider pour toutes choses, qu’elles prennent soin de bien garder le patrimoine, et qu’elles sachent que nous redoutons la faim. Quant aux femmes, elles veulent que les hommes sachent qu’elles ont besoin d’amour en public et pas seulement au lit ; que les hommes aident aux travaux ménagers ; qu’ils doivent organiser des sorties avec leurs épouses ; qu’on doit prendre les décisions ensemble; qu’ils doivent avoir des relations sexuelles consenties et qu’ils doivent se montrer chaleureux en recevant les visiteurs. Après les exposés dans le grand groupe les couples qui étaient là se sont évalués pour voir ce qui leur manque dans leur foyer ; ceux qui n’étaient pas accompagnés se sont évalués individuellement.

5. Réciprocité et communication
Cette activité a été la plus animée de toutes. Il s’agissait de trouver ensemble les principales causes de disputes dans le foyer. Une longue liste a été dressée: la désobéissance, l’orgueil, l’ivresse, l’infidélité, la saleté, la gourmandise, ne pas prêter attention à ce que le conjoint aime, les finances, l’insatisfaction, les rapports sexuels, les belles-familles, l’importance donnée aux dires, le manque de communication, ne pas pourvoir aux besoins alimentaires, et les enfants issus de différents parents.

Après l’énoncé de cette longue liste, qui a été écrite au fur et à mesure que les participants y contribuaient, j’ai demandé à chacun d’identifier ses causes et de penser à ce qu’il ou elle va faire de différent pour éviter d’être la source de conflits. C’est au cours de cette introspection que Rucamihigo Yves a demandé l’autorisation de parler à sa femme. Ils ont chuchoté et nous leur avons donné le temps nécessaire ; nous avons commencé à voir les larmes couler des yeux de sa femme Nimugire Donatha, tout le groupe a été ému. C’est Donatha qui a commencé à parler, mais très difficilement ; elle a dit « Je vivais morte mais maintenant je recouvre ma vie ; il y a trois ans et demi que nous sommes mariés mais rien du tout n’allait. J’avais déjà pris la décision de me suicider mais, comme je ne voulais pas laisser mes deux enfants à mon mari, je devrais tout d’abord les jeter dans la rivière et les suivre ensuite ; cet atelier devient le pilier principal de mon foyer. Je demande pardon à Dieu d’avoir décidé de tuer mes deux enfants, et je demande pardon à mon mari que j’allais laisser veuf. » Son mari Rucamihigo Yves a aussi pris la parole; il a dit: « De mon côté, je n’avais plus envie de rentrer chez moi, mais cet atelier me montre que j’avais tort de maltraiter ma femme. Je lui demande pardon, et je promets de ne plus recommencer mes bêtises. » Ce couple m’avait été recommandé par la coopérative Urukundo rw’Imana qui n’avait pas réussi à résoudre leur conflit. Nous avons ensuite remercié Dieu pour ce couple. Et j’ai invité les autres à faire de même quand ils seront dans leurs foyers.

6. Parler de sexe avec nos enfants
Ce sujet étant considéré comme obscène depuis plusieurs années dans notre pays, il a fallu que je les interroge sur leurs connaissances en matière de sexe et de sexualité. Je leur ai demandé de me dire ce qui leur vient à l’esprit quand ils entendent les mots sexe ou sexualité. Ils ont donné beaucoup de réponses parmi lesquelles : le genre d’une personne, mettre au monde, relation sexuelle, plaisir, préservatifs, SIDA, l’amour… Après quoi, je les ai répartis en groupes selon les sexes pour choisir les termes qu’ils jugent appropriés et que les parents pourront utiliser lors d’entretiens avec leurs enfants. La discussion a été longue mais ils sont quand même arrivés à s’entendre sur la liste de mots en langue maternelle qu’ils utiliseront selon l’âge de l’enfant.

Dans le grand cercle, la conclusion de leurs discussions à été que la sexualité était une dimension fondamentale de l’être humain qui s’implique dans la totalité de la personne ; qu’elle commence avec la vie et finit avec la mort. Il ne s’agit pas seulement des relations sexuelles, mais aussi des rôles que l’on adopte - l’amitié, l’amour, la sensualité et le plaisir. Il est donc impératif que les parents en parlent avec leurs enfants.

7. Résister aux pressions
Les participants ont tout d’abord énuméré les arguments avancés pour persuader les autres :
- Je me sens engagé envers toi
- Si tu m’aimais tu me laisserais faire
- Ne veux- tu pas me montrer que tu m’aimes ?
- Il n’y a pas de danger, j’ai un préservatif
- Nous devons célébrer notre amour
- Tu es la seule à qui je vais me donner
- D’autres personnes ont des rapports sexuels et le font sans danger
- Je veux t’offrir un verre de vin, c’est doux n’est-ce pas ?

Les participants se sont groupés deux par deux et ont joué ces scénarios, dans lesquels une personne veut séduire et l’autre résiste à la pression.

Quand ils sont revenus dans le grand cercle, je leur ai demandé comment ils ont réussi à convaincre ceux qui voulaient les séduire ; nous avons obtenu trois sortes de réponses :

- Dire non : développer le refus en rejetant « je ne crois pas » ou « ce n’est pas une bonne idée, laisse tomber », mais dire un « non » catégorique.

- Renverser la pression : «  je ne peux croire que tu veuilles que je fasse ca », « Tu te moques de moi ».

- Énoncer les faits : Les boissons détruisent. Non merci, je ne veux pas mourir.

Les membres du groupe se sont réjouis du résultat de leur travail car ils ont vu comment ils peuvent pratiquement aider les parents ou les jeunes à résister aux pressions.

8. Techniques de facilitation
La facilitation est une méthode active et participative qui fait de chaque participant la principale source des connaissances désirées dans un atelier. Les gens s’assoient en cercle, y compris les facilitateurs. Bien que ce soient les participants qui fournissent les connaissances, les facilitateurs doivent très bien connaitre le contenu à enseigner; ainsi par de bonnes questions ils aident les participants à reproduire eux-mêmes le contenu. Les facilitateurs doivent développer un esprit d’équipe ; ils doivent partager respectivement leurs points forts et leurs points faibles. Ils doivent préparer ensemble et se partager les activités.

Au début de l’atelier, les facilitateurs présentent les objectifs de l’atelier; ils demandent aux participants quelles sont leurs attentes : ce qu’ils veulent savoir et ce qu’ils veulent pouvoir faire au terme de l’atelier. Ils doivent présenter le programme et montrer comment celui-ci répondra à leurs attentes.

Après ce petit exposé, les participants se sont répartis en trois groupes; aidés par les facilitateurs, ils ont préparé leurs sessions en utilisant quelques photocopies car les livres n’étaient pas disponibles. Ils ont fait quelques présentations en situation simulée, présentations qu’ils reproduiront en pratique dans leurs églises respectives. Il a été remarqué qu’ils ont plus tendance à présenter et à exposer qu’à poser des questions permettant aux participants de reproduire eux-mêmes le contenu, mais ceci viendra avec le temps.

9. Organisation de la restauration
Ayant changé de lieu de réunion suite au changement de la date dans l’attente des livres, nous n’avions pas de restaurant sur place. Mais une personne membre de la coopérative, Urukundo rw’Imana, s’est proposée pour nous mettre en contact avec un restaurant situé près du lieu de l’atelier et a veillé à ce que le restaurant soit prêt pour chaque session.

RÉSULTATS DE L’ATELIER
En conclusion, le résultat a été très positif ; les participants ont davantage pris conscience que les enseignements de SE DÉVOUER AUX AUTRES touchent la vie des gens, et que les livres sont très bien préparés et riches en informations.

Un grand nombre d’entre eux ont dit que ce qu’ils ont appris pour la première fois était comment parler du sexe, comment résister aux pressions et comment communiquer au sein de la famille. Les participants ont décidé de former les équipes qui s’entraideront dans leurs églises respectives pour partager avec les membres de leurs églises ce qu’ils ont appris dans l’atelier. Nous les avons assurés de notre soutien.


LES DÉFIS

Principal défi : certains leaders au lieu de venir eux-mêmes ont envoyé les délégués, dont certains ne connaissaient que leur langue maternelle, ce qui nous a obligés à mélanger les langues pour pouvoir aider tout le monde.

Le Révérend Habimana Elie, lorsqu’il était Coordonnateur National, RWANERELA+, avec des participants à l’atelier SE DÉVOUER AUX AUTRES organisé en août 2013 à Kigali afin de former les chefs religieux pour l’amélioration des communications au sein de la famille.

Révérend Habimana Elie
Coordonnateur National, RWANERELA+
septembre 2013

 

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