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« Parcours », une lueur d’espoir pour la Tanzanie

L’association catholique PASADA a permis à des centaines de communautés et à des milliers de familles de bénéficier du manuel Parcours.

C’est par la formation à Parcours d’animateurs locaux et bénévoles au sein de PASADA que ce succès a été rendu possible.

Les animateurs de Parcours proviennent d’horizons divers : ce sont de petits commerçants, des enseignants, des agents de santé communautaires, des fermiers, des femmes au foyer, des retraités ou des leaders religieux laïques.

Lorsqu’ils se retrouvent ensemble, ils s’adressent les uns aux autres en utilisant des surnoms qu’ils ont eux-mêmes choisis ;  des surnoms tels que « Maua », qui signifie « fleur » en swahili, ou encore « Rekebisha »,  qui signifie « à améliorer ». Cela est typique de l’esprit de Parcours : briser les barrières sociales et permettre à chacun d’échanger d’égal à égal.

Les réunions débutent toujours par une prière et un chant, parfois même une danse.

En une décennie, PASADA a formé 226 animateurs de Parcours, qui ont ainsi organisé des ateliers afin de partager leur état d’esprit et leurs connaissances avec les membres de leur propre communauté. Ces derniers ont pu à leur tour diffuser les messages de Parcours à leur entourage. PASADA estime qu’aujourd’hui plus de 56 000 personnes ont ainsi été en contact avec Parcours. Bien plus l’ont été par le bouche à oreille.

Bien que PASADA soit une association catholique, près d’un tiers des animateurs formés appartiennent à la communauté musulmane, les deux autres tiers proviennent des églises chrétiennes (catholiques et protestantes). Toutes les rencontres débutent par une prière et un chant. Les animateurs ont composé de nombreuses chansons spécialement pour Parcours.

PASADA fournit un large éventail de services tant sociaux que médicaux aux personnes touchées par le VIH Sida ainsi qu’à leur famille. L’association agit dans trois districts de Dar es Salaam et cinq sur la côte tanzanienne. Chaque mois, environ 5 000 tests VIH sont réalisés et 20 410 personnes reçoivent aujourd’hui une thérapie antirétrovirale au sein des 19 cliniques de PASADA. L’ensemble des services de PASADA sont dispensés gratuitement et sans discrimination d’aucune sorte.

En 1998, PASADA et ActionAid se sont unis pour produire Kivuko, la version en swahili du manuel Parcours. Pasada est également en charge de la distribution de Kivuko en Tanzanie.


Nous sommes partis à la rencontre de cinq animateurs Parcours :

Rekebisha
Rekebisha a été formé à Parcours en 2002. En tant que jeune, il s’est spécialisé dans l’organisation d’ateliers pour les autres jeunes. Il avait 20 ans lorsqu’il a participé à son premier atelier Parcours au sein de son église.

« Je buvais beaucoup d’alcool et avais de nombreuses partenaires sexuelles. C’était ma vie. Mais quand j’ai participé aux ateliers Parcours, j’ai commencé à réévaluer ma vie. Pas à pas, je l’ai changée, j’ai par exemple repris les cours. J’ai appris sur moi-même et comment mieux communiquer avec les autres. Les membres de ma communauté me perçoivent désormais comme un jeune homme qui a de bonnes relations avec sa famille. Je suis devenu un modèle. »

« La chose la plus importante à mes yeux concernant Parcours, c’est que cela a changé ma vie. Cela a marché pour moi. J’ai réussi à mieux me connaître. Je suis devenu un membre très actif de ma communauté. Les gens viennent à moi pour de l’aide et des conseils. Comme je suis jeune, j’apporte beaucoup d’énergie dans mes formations grâce à la danse et au théâtre. »

Molah
Molah est un agent de santé communautaire. Il a été formé à l’animation en 2000, et dispense désormais des formations dans sa paroisse mais aussi au sein des communautés musulmanes.

« Les formations Parcours m’ont donné des compétences et de la confiance. Je rends régulièrement visite à ceux qui ont besoin de renseignements sur la façon de faire face au HIV et au Sida mais aussi sur d’autres sujets tels que la gestion de l’argent et la santé. Parcours m’a donné cette confiance dont j’avais besoin pour faire du porte à porte afin d’  éduquer les membres de ma paroisse. Je suis désormais reconnu au sein de ma communauté. Les gens viennent à moi pour des conseils.

Je suis sensible aux différentes traditions et cultures dans nos communautés. Lorsque je me rends dans les mosquées pour donner des formations, je m’habille différemment. Il y entre les communautés musulmanes et chrétiennes un fossé que je veux combler. Le but de Parcours n’est pas de donner des leçons mais de communiquer avec les autres. »

Mama Maua
Mama Maua est l’un de nombreux animateurs Parcours séropositifs. Son mari est décédé il y a six ans. Elle a quatre enfants. Son histoire lui permet de sympathiser plus facilement avec les nombreuses veuves de sa communauté, dont certaines sont également séropositives.

« J’étais totalement perdue lorsque j’ai appris que j’étais séropositive peu après la mort de mon cher époux. J’ai donné mes vêtements car que je pensais que j’allais mourir du jour au lendemain. Je n’avais plus aucun espoir. »

C’est par la communauté musulmane que PASADA, en 2007, a pu faire connaître Parcours à Maua. PASADA dispense également à Maua un traitement antirétroviral.

« Depuis que j’ai commencé le traitement, je suis passée de 35kg à 76kg et les cellules CD4 de 184 à 897. C’est aussi ma confiance en moi qui a grandi. »

« Lorsque mon mari est mort, sa famille m’a chassée de notre maison et je n’ai pas su me défendre. Parcours m’a donné du courage. Je suis désormais assez forte pour lutter et former d’autres personnes à Parcours. J’ai traîné mon ancienne belle-famille en justice et récupéré ma maison. »

« Parcours m’a appris à m’occuper de ma santé et à être forte pour mes enfants. Je sais désormais ce que je dois manger et comment éviter les infections. Grâce à Parcours, je peux ouvrir les yeux des autres veuves sur leurs droits. »

Faras
Mama Faras est animatrice Parcours depuis 2006. Elle enseigne tout aussi bien Parcours au sein ou au en dehors de sa communauté religieuse qu’à son mari et ses six enfants.


« La chose la plus importante que m’a apprise Parcours, c’est comment communiquer avec efficacité avec mon mari et mes enfants.  Les malentendus au sein de notre famille ont presque toujours été causés par des problèmes de communication. Je n’utilise plus jamais de mots durs ou blessants et eux non plus. »

« Parcours m’a enseigné à ne pas juger autrui et aussi à ne pas me faire une opinion trop rapidement sur les gens. Lorsqu’une de mes filles est tombée enceinte alors qu’elle était encore à l’école, à l’âge de seize ans, j’ai moi-même gardé son enfant afin que ma fille puisse finir l’école. »

Ma relation avec mon mari a complètement changé. Il n’essaye plus de me dominer. Il me donne même un coup de main pour le ménage, qui est traditionnellement une tâche destinée aux femmes. Il va chercher de l’eau le matin et nettoie la maison avec moi. Nous sommes devenus des jumeaux. Nous faisons tout ensemble et sommes unis dans tous ce que nous entreprenons. »

« J’enseigne également Parcours au sein de ma communauté. J’en ai fait une partie de ma vie au quotidien. Je ne suis pas juste une animatrice, mais Parcours fait partie de moi. »

Mama Paupau
Mama Paupau organise des ateliers Parcours depuis 2006.

« Parcours est une lueur d’espoir dans nos vies. C’est mon présent et mon avenir. Il aide les gens à se connaître eux-mêmes, à percevoir ce que les autres ressentent et ce dont ils ont besoin, et à comprendre leur propre responsabilité au sein de leur communauté. »


« J’aime utiliser Parcours parce qu’il apporte du changement. Nous rencontrons de nouveaux challenges chaque jour mais je suis convaincue qu’avec Parcours, nous pouvons tous les affronter. Je continue d’utiliser Parcours parce qu’il y a toujours besoin de connaître davantage les gens qui vous entourent et de les aider dans leur quotidien.

« Parcours est très important parce qu’il nous aide à réfléchir sur les pratiques et traditions et à déterminer celles qui appropriées ou non. Je pense à la polygamie. J’ai enseigné Parcours à des hommes qui voulaient avoir plusieurs femmes, et certains ont changé d’avis. Ils sont aujourd’hui en ménage avec une seule femme. »

« Mais il reste très difficile d’atteindre les jeunes femmes qui se prostituent. Certaines ont moins de quinze ans et bien plus doit être fait pour les aider. Le plus dur est d’arriver à communiquer avec elles car elles ne veulent pas qu’on les approche. Elles sont envoyées au travail par d’autres et doivent ramener ensuite de l’argent à leur maison close. »

Claire Williams et Olivier Paccalin

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